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En direct de la roulotte

9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 06:05

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Est-ce le hasard qui a fait que  Richard Baker et sa compagne Sharon  ont élu domicile à Ailloncourt, en Haute Saône ?

On dit que le hasard n’existe pas mais qu’il fait bien les choses.


C’est au fond de ce creuset naturel où tout est en perpétuel mouvement, dans la région des mille étangs, dans une vallée que l’on peut véritablement qualifier des extrêmes : où les oiseaux ne cessent de chanter un seul instant du jour ou de la nuit, où une mule en liberté peut côtoyer un hélicoptère fou, où la symphonie de la plus belle nature se mêle en permanence aux bruits multiples de la folle civilisation, avec la base militaire toute proche de Luxeuil les Bains et le vacarme quasi incessant de ses avions de chasse, le vrombissement permanent des autoroutes, l’harmonie naissante des TGV qui passent au loin, tous ces sons nés de l’activité humaine et qui finissent par se fondre dans l’espace sonore, devenir partie intégrante de celui-ci, donnant naissance à une nouvelle symphonie, véritable chaos au départ, pleine encore de dissonances proches parfois de l’insupportable, mais contenant déjà le potentiel de sa nouvelle harmonie pour peu que les humains veuillent s’en donner la peine en prenant le soin d’harmoniser les sons qu’ils produisent, que Richard et Sharon, poussés sans doute par le hasard et la nécessité réunis, ont installé le chaudron destiné à chauffer le creuset de graphite dans lequel ils fondent les vieux robinets et autres compteurs anciens pour les transformer en insectes féeriques ou autres statues.


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R
ichard et Sharon ont l’habitude de convier certains de leurs amis artistes et le public à une rencontre régulière qu’ils ont intitulé « l’art dans le pré ».
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La dernière édition se déroulait du premier au quatre mai.

Le visiteur avisé pouvait découvrir une merveilleuse exposition faite de réalisations de différents maîtres d’art, notamment du bois, de la pierre
, de la terre, de la mécanique , et bien sûr du métal et de la fonte.

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Les personnes qui ont pu rester jusqu’au soir, à l’heure où l’attention générale était portée autour du feu et des maîtres du lieu, auront eu la chance de profiter d’un spectacle qui est le plus beau et le plus impressionnant qu’il m’ait été donné de voir, et auquel j’ai même eu l’honneur de participer de façon active !



Le feu ranimé dans la journée, à la tombée de la nuit commence à prendre de l’ampleur.
Soudain vous voyez Richard et Sharon s’activer autour du chaudron qui commence à fumer.
Et tout à coup, c’est le bruit caractéristique du soufflet ; le temps, alors commence à basculer ; une tension devient palpable ; ce n’est ni une bonne ni une mauvaise tension : une tension simplement. Le son et le rythme du soufflet emplissent rapidement l’atmosphère de l’espace sonore, attirant vers lui la concentration des présences ; et le feu commence à prendre une dimension que nous ne lui connaissions pas. Tout devient rouge dans le chaudron ; le creuset de graphite est dans un bain de charbon de bois qui de noir, devient rouge, puis jaune, puis blanc ; la tension se fait de plus en plus grande ; au fond du creuset rougi, les différentes pièces de métal, les vieux robinets, les compteurs anciens et les autres débris se transforment en une pâte épaisse ; Richard et Sharon, les pieds nus dans leurs sandales, s’affairent et se relaient autour du chaudron ; les longs outils de métal commencent à rougir du bout de leurs pinces ; de temps à autre, un ordre bref fuse de la gorge de Richard, s’adressant à Sharon ou au souffleur ; toujours le rythme du soufflet : le souffleur doit se transporter dans le feu : il doit sentir sa propre énergie à l’autre bout du soufflet : selon le rythme et la force de son bras, il doit pouvoir accélérer ou retarder la chauffe, tout en maintenant le foyer dans un mouvement continu, sans cassure ; le rythme encore s’accélère et la tension se renforce ; et l’attention du public elle aussi devient croissante ; un ordre bref de Richard, et la musique soudain s’arrête ; seul subsiste le son du sakuhachi ; la flamme a pris une couleur faite des bleus les plus variés que jamais nous n’aurions imaginé voir un jour dans le feu ; la pâte au fond du creuset est devenue liquide ; on y ajoute encore quelques pièces de métal que les maîtres de la fonte s’empressent de mélanger à l’aide de leurs longs outils aux pointes rougies ; enfin on écume les dernières scories, et la tension se fait extrême : au fond du creuset, le métal est bon pour être coulé : les scories se sont dissipées, la pâte est claire et limpide, elle est d’un beau jaune transparent ; Richard et Sharon ont saisi à l’aide de deux grandes pinces les bords du creuset, et c’est à la seule force de leurs poignets et de leurs mains qu’ils vont sortir ce bol devenu rouge incandescent contenant le métal en fusion ; le public a été prié de s’éloigner ; le creuset est déposé dans une sorte de panier en fer avec deux longues anses horizontales ; une aide s’est approchée pour saisir la deuxième anse : Richard accompagne le creuset en le guidant de sa pince ; des moules auparavant ont été réalisés en une sorte torchis composé d’un mélange de terre et de crottin d’ânesse (de mule à défaut…) recouvrant une sculpture de cire, en ayant soin de ménager une ouverture en goulot, que l’on a fait sécher et que l’on a chauffé pour faire fondre la cire, obtenant ainsi le moule creux ; ces moules ont été enterrés non loin du feu ; aujourd’hui les moules qui sont enterrés ont été réalisés par tout un chacun qui voulait s’essayer ; Richard, ses pieds nus à proximité du creuset, aidé toujours de Sharon et de l’aide au bout de la deuxième anse verse le métal en fusion par l’ouverture des petits moules, comme on verserait n’importe quelle soupe dans plusieurs petites écuelles…
La « soupe » est belle : elle coule en un beau filet jaune et rouge qui va de goulot en goulot : un peu plus par ici, et encore un peu par là…
Le creuset vidé est reposé à l’écart pour refroidir.
La tension peu à peu diminue ; on réalise que l’on vient de participer – car même public, on participe par son attention à cette tension croissante - à bien plus qu’un simple spectacle : à une véritable œuvre alchimique où tout devient symbole et qui nous transporte dans la dimension de cet état d’attente, ineffable mais palpable, ce fond du creuset où l’on sent que tout est potentiellement possible…
La tension se relâche ; Richard harangue le public, et s’il en est content, le remercie…
Il faut laisser le tout refroidir : demain on démoulera et l’on constatera le niveau de réussite de l’opération.

Et pour demain après demain, nous avons prévu la fonte des esprits !

Alors à très bientôt !





                                                                     










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Published by Troubadour Olivier d'Icarie - dans L'article du jour
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