quelques pages du troubadour Olivier d'Icarie
Prophésie pour l'avénement
d'une
Humanité Nouvelle
partie 2

XVI
Alors même qu’au plus fort de la tempête, demandant
grâce le coeur chavire,
Plus pointue que l’aiguillon, plus tranchante que le glaive,
Du plus profond de l’être surgit La Voix,
Tonnant parfois dans sa colère,
Parfois pleurant dans sa misère :
XVII
«Je t’envoie Mon Messager,
Mais tu assassines Mon Messager !
Ô Homme !
Pourquoi donc t’es-tu tant acharné à travers les siècles et les siècles
A perpétuer l’image du Supplicié ?
Pourquoi si ce n’est que tu sais qu’il est Mon Messager,
Ma Lumière dans tes ténèbres ?
Mais tu plains Mon Messager...
Pourquoi plains-tu Mon Messager ?
Ne plains pas Mon Messager, car c’est toi qui l’assassines !
Et cesse de parler de Mon Messager : ton unique devoir
est de l’écouter parler !»
XVIII
« Je n’ai que faire de tes fausses religions
Faites d’apparat et de feinte communion
Car à mes yeux, l’innocence d’un coeur d’enfant
Vaut mieux que tout ton faste vile et triomphant ! »
XIX
« Ô Homme !
je te fais don du trésor inestimable, inépuisable de la Vie ;
Mai par orgueil tu le refuses !
Je t’offre les hauteurs vertigineuses de l’Esprit !
Mai tu préfères te perdre dans les ténèbres de l’oubli,
Dans le néant de ta matière ! »
XX
« Homme !
Je t’ai donné des yeux pour me voir
Et pour me contempler ;
Je t’ai donné une ouïe pour m’écouter
Et pour m’entendre ;
Je t’ai donné une bouche pour me goûter
Et pour m’aimer ;
Un Verbe pour me louer ;
Je t’ai donné des mains pour me toucher
Et pour m’aimer ;
Des bras pour m’embrasser ! »
XXI
« Qu’as-tu fait de tes yeux ?
Qu’as-tu fait de tes oreilles ?
Qu’as-tu fait de ton Verbe ?
Et de tes mains ?
Qu’as-tu fait de tes mains ? »
XXII
« De tes yeux tu as fait un outil à contempler l’horreur !
Tu as fait du bruit sourd des canons
les délices de tes oreilles,
Et ta parole est venimeuse comme l’haleine d’une vipère !
Tes mains, Homme,
Tes mains sont celles d’un assassin ! »
XXIII
« Ô Homme !
Je t’avais donné un beau Jardin d’Eden,
Où coulait à même la roche
Une Eau Claire et Vive;
Je t’ai donné la Terre,
Avec ses plaines si fertiles
Et ses déserts sauvages ;
L ‘eau y a prit la couleur glauque de la haine
qui coule dans tes veines !
Les terres fertiles sont devenues arides,
Et les déserts sauvages ne sont plus
que des champs de batailles ! »
XXIV
« Je t’avais donné l’or de la Terre
Pour que tes doigts y sculptent la Vie ;
Qu’as-tu fait de cet Or ?
Un vil métal que tu entasses dans des coffres
soi-disant forts ! »
XXV
« Ô Homme !
Je regarde la Terre et contemple le triste spectacle :
Mes Filles et mes Fils
Enchaînés et réduits à l’esclavage !
Ô Homme !
Toi que j’avais fait Seigneur sur la Terre !
Etait-ce donc pour cela ?
Etait-ce donc pour te voir pis que bête ? »
XXVI
« Homme !
Tu es l’artisan de ta souffrance !
Tu te fais l’esclave de ta propre création !
Et ta création, qui ne connaît pas le sentiment,
Que fait-elle de toi ?
Elle te détruit ! »
XXVII
« Homme!
Je t’ai fait libre et maître de ton destin :
Tu peux te détourner de moi !
Mais tant que tu vivras,
Tu me chercheras :
Car au plus profond de tes gènes,
J’ai inscrit MA LOI ! »
XXVIII
« Homme !
Regarde-moi !
Reviens à la Voix de Ma Raison
Qui est la loi de l’Universel Amour !
Une fois encore je t’offre l’Alliance ! »
XXIX
« Mais que cesse l’injustice !
Que le grand se mette au service du petit !
Que le Pain soit partagé dans l’équité ! »
XXX
«Je te dévoilerai alors
La Source Unique de la Vie,
La Loi Parfaite de la BioLogie !
Et ta terre à nouveau
Sera fertile !
L’eau à nouveau
coulera Claire et Vive !
Je te revêtirai de ton corps immortel
Et tu regarderas pousser ton blé !
Et ton blé aura Sept épis :
Du nombre de ta souffrance ! »
XXXI
« Que ta Science, Homme,
Se résume en la Science du Partage qui Unit !
Et tout cela
Je te donnerai ! »
XXXII
« Heureux les Humbles et les Doux,
Car ils auront La Terre en héritage ! »
XXXIII
Apaisée enfin
La Voix s’évanouit dans le silence ;
Et Le coeur reste pantois,
Anéanti presque,
Mais palpitant pourtant,
Portant en Lui l’Espoir Suprême
Du retour à La Vie...
XXXIV
Ô Liberté !
Liberté !
Liberté !
Ô Nectar, poison mortel et Délicieux !
Ambroisie, nourriture des Dieux !
Faudra-t-il mourir toujours
Pour s’apercevoir que nous n’étions pas nés
Et découvrir enfin
Que nous ne sommes toujours pas nés ?
La vague lointaine
Infiniment s’approche
Bordée d’écume et de remous…
Ainsi l’âme de l’Homme
Brisée d’Amour et de Remords
Sur les sables mouvants de l’infini
Epanche son eau
S’étalant toujours plus à travers les marais de l’incertitude
En voulant épouser la forme de l’infini !
Ô mon Ame !
Où es-tu?
Il y a si longtemps que je te cherche !
Ô mon Ame !
Viendras-tu pour de fidèles épousailles ?
Déjà monte le chant de mes entrailles
Qui par delà le Mont des Solitudes
Franchit l’Océan de la Certitude
Et me Jette à la Source de La Vie !
Ô mon Ame !
Quelle est donc cette fièvre qui soudain m’envahit ?
Et ces douces couleurs qui se profilent à l’horizon,
Est-ce le Jour à nouveau qui se meurt ?
Ou bien est-ce enfin l’aube du Jour Nouveau ?
Est-ce enfin le Poisson qui met bas le Verseau ?
XXXV
Au point ultime du jour,
A nouveau retentit La Voix,
Ivre de colère et d’Amour :
XXXVI
« Tu te donnes la mort par paresse !
Or cela, je ne le tolérerai plus !
Et voici, Homme :
Je te proclame immortel en dépit de toi-même !
Souviens-toi :
« En ce temps là, ils voudront mourir
Mais ils ne le pourront pas ! »
Homme !
Je te l’ai dit déjà :
Tu es la cause unique de ta souffrance !
Et moi, indolent au feu de ta misère,
Je te regarde faire !
Mais s’il te plait de les contempler à l’infini
Ces champs de la désolation,
Il t’est donné quand tu le veux
De porter les yeux sur MOI
Qui SUIS ta guérison ! »
XXXVII
« Je Suis l’Amour et le Partage ;
Je Suis un Fou, Je Suis un Sage !
Je Suis le papillon qui vole
Au gré du vent, mais non frivole !
Je Suis la brise du matin,
Légère, aux brumes de Satin,
Douce caresse parfumée
Goût du souvenir exhumé...
Je Suis le Soleil Eternel
Qui fait tous êtres fraternels
Qui toujours égal à lui-même
Ne sait que proclamer : « Je t’aime ! »
Je Suis... Je Suis un champ de blé
Que mûrit le feu de l’été !
Que la Main viendra moissonner,
Main que le coeur a façonné !
Et la Nature est économe :
Cinq épis reviennent à l’Homme !
Un épi pour l’être diptère ;
L’autre épi retourne à La Terre...
Je Suis... Oui ! La blanche farine,
La pâte au creux de la terrine !
Et Je Suis la Main qui pétrit !
Levain : du Pain Je Suis l’Esprit !
Je Suis une Onde murmurante,
Intarissable et vivifiante !
Le Sang précieux et incolore
Des Univers multicolores !
Je Suis le regard de l’Enfant
Qui s’émerveille en s’éveillant ;
L’âme que la Beauté ravit ;
Infiniment : Je Suis La Vie !
Je Suis un Fou, Je Suis un Sage :
Je Suis l’Amour et le Partage ! »
XXXVIII
Et le Poisson alors enfante le verseau,
Qui sur l’antique promesse appose son sceau !
« Réjouissez-vous, Hommes de toutes les Nations :
Voici venir le temps de la Libération ! »