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En direct de la roulotte

15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 20:04

Je suis allé jouer à Metz en cette fin de semaine, où j’ai subi une agression le samedi soir ; c’est un peu de ma faute : je rentrais tranquillement à travers une petite rue plutôt sombre et déserte…

Je marchais donc tranquillement lorsque que je me suis senti agrippé par derrière et déséquilibré, mis à terre et soudain chevauché par cet homme qui avait essayé de sympathiser avec moi quelques minutes auparavant…

J’ai mis un petit laps de temps à comprendre vraiment : oui c’était bien ce jeune homme dont j’avais poliment décliné l’invitation à partager une bière, qui par deux fois était venu mettre une pièce dans mon escarcelle, qui m’avait longuement complimenté sur mon art tout en émettant le souhait de me revoir bientôt, qui avait sa main maintenant autour de mon cou, me menaçant de me trancher la gorge avec un couteau (que je n’ai pas vu il est vrai), si je ne lui remettais pas ma recette…

Tandis que j’étais là, le dos pas tout à fait contre terre parce qu’il y avait mon violoncelle entre le trottoir et lui, l’un de mes pieds posé sur la poitrine de mon agresseur pour tenter de le garder à la plus grande distance possible de moi, je me suis mis à réfléchir… c’est un peu bête pour un troubadour, de finir sa vie comme cela, allongé sur le trottoir, la gorge tranchée pour le montant de quelques heures d’exercice… alors je me suis posé la question : est-ce que je lui remets le montant de ma recette en espérant qu’il filera avec en me laissant, lui contenté, moi dépité et délesté ? Après tout, ce n’est que le produit de quelques heures de travail, la vie vaut bien plus que cela ! Mais quoi ! N’est-ce pas honnêtement que j’ai gagné cet argent ? Et l’on viendrait me dérober le fruit de mon travail  en quelques instants, simplement en usant de la force et de la menace ? Non ! Cela décidément n’est pas acceptable ! Car c’est en fait bien plus que ma recette que cet individu est en train d’essayer de soutirer de moi : c’est ma soumission à sa force et c’est ma propre liberté, si chère, qu’il essaie de me faire abdiquer ! Alors tant pis, une fois de plus, si mon heure est venue de mourir, je mourrais ici, la gorge tranchée comme il me le promet sur le trottoir, mais, bien plus que ma recette, jusqu’au bout je défendrai mon intégrité : plutôt mourir libre que vivre par la soumission enchaîné !

Une dame heureusement est arrivée, qui avait un téléphone portable et qui offrit d’appeler la police…

Je pouvais ainsi espérer quelque secours, s’il n’était pas déjà trop tard…

Il m’a traîné quelques mètres sur la chaussée, et je ne sais plus comment, nous nous sommes retrouvés debout, lui, tirant sur mon sac en bandoulière que je protégeais d’une main, essayant de me défendre de l’autre main avec la mallette en bois qui me tient lieu d’établi.

Enfin, la dame au téléphone ayant annoncé l’arrivée imminente de la police, et voyant que j’étais prêt à ne rien lâcher, mon agresseur est parti comme il était venu : de son pas de fourbe dans la nuit…

La dame étant en communication avec la police m’a passé son téléphone, et le policier m’a dit que je devais attendre sur place ; il ne pouvait pas me dire combien de temps : peut être dix minutes, peut être une demi-heure…

Finalement, une voiture de la brigade anti-criminalité (bac) est assez vite arrivée.

Mon état ne nécessitant pas une intervention des pompiers, tout en m’enjoignant d’aller tout de suite déposer plainte au commissariat de l’autre côté de la ville, ils m’ont laissé là, au milieu de cette rue sombre et déserte où je venais de me faire agresser, où mon agresseur était peut être -qui peut le dire ?- à attendre à l’abri de la première porte cochère que la rue fut redevenue calme pour pouvoir tranquillement reprendre le forfait commencé…

Heureusement, cette dame bien serviable m’avait permis de joindre un ami qui est arrivé avec son véhicule au moment où les policiers prenaient congé.

Mon ami m’a emmené au commissariat d’où l’on nous renvoyât gentiment : aucun des trois ou quatre policiers qui conversaient derrière le bureau n’avait compétence à nous entendre et enregistrer une plainte ; peut être en attendant aurions nous quelque chance d’être entendus dans le courant de la nuit : il était donc plus sage de revenir demain ou lundi, et d’ailleurs, puisqu’il y avait du sang qui coulait de mes mains (je me suis un peu râpé les doigts lorsque mon agresseur m’a traîné sur le sol), il fallait d’abord passer par la case des urgences à l’hôpital pour le certificat du médecin légiste…

Alors nous avons finalement passé, mon ami et moi une partie de la soirée au service des urgences, qui malheureusement ne fournit plus les certificats que l’on obtient désormais ultérieurement en prenant rendez-vous…

Mes affaires me rappelant dans les Vosges, je n’ai pu porter plainte à Metz, mais sur le chemin du retour, il m’est venu une idée : n’étant pas physionomiste pour deux sous, je suis dans l’incapacité totale de décrire mon agresseur, mais puisque nous vivons, on ne cesse de nous le répéter, à l’ère de la sécurité et que, nous dit on encore, notre belle technologie enfin est là pour nous protéger, peut-être existe-t-il des images de mon agresseur que je peux même désigner à distance : c’est la dernière personne avec laquelle j’ai parlé avant de repartir. Donc si par chance on me voyait officier par le truchement d’un tel précis et impartial témoin, on devrait voir aussi la personne qui quelques instants plus tard tentera de me soumettre !

La question est : existe-t-il de telles images ?

C’est simple pensé-je : il suffit de se renseigner… Alors, cherchant sur l’internet, je trouve le n° surtaxé qui me permet de joindre pour moins de deux euro si j’ai de la chance, le commissariat de Metz…

Malheureusement, on ne peut pas me donner ce renseignement qui n’est pas divulgué au public, et pour pouvoir engager une procédure conservatoire de telles images, si tant est qu’elles existent, il faut qu’une plainte soit déposée au préalable, et la personne de la bac que j’ai finalement pu avoir au téléphone m’a assez vite fait comprendre sur le ton peu aimable de l’impatience que je l’importunais et qu’elle n’avait pas plus de temps à me consacrer, me renvoyant vers la gendarmerie de mon village qui est habilitée à recevoir ma plainte, me laissant tout de même entendre qu’il serait peut-être possible de faire quelque chose si un contact téléphonique pouvait se faire entre elle même et le receveur de ma plainte…

Effectivement, ma plainte a été enregistrée sans trop de problèmes à la gendarmerie de mon village, où l’on m’a bien expliqué cependant que dans le meilleur des cas, elle n’aboutirait entre les mains des policiers directement intéressés que dans un peu plus d’un mois : il faut qu’elle soit transmise au procureur d’Epinal, qui devra la transmettre au procureur de Metz., qui lui-même la transmettra au service compétant, etc.…

Les images quant à elles, d’après les renseignements que j’ai pu obtenir de la bouche des policiers de Metz, si elles existent, sont conservées 48 heures, un mois dans le cas le plus favorable… Quant à un contact téléphonique entre les deux services, le représentant de la gendarmerie ne veut même pas en entendre parler : il estime (non sans raison d’ailleurs) que les policiers auraient dû enregistrer ma plainte lorsque je me suis présenté au commissariat à Metz, et il n’entend pas s’investir dans une affaire qui dépasse son secteur géographique…

D’un côté comme de l’autre, on me fait bien comprendre que je suis un enquiquineur, et mon agresseur pendant ce temps peut dormir tranquillement sur ses deux oreilles : grâce à l’apathie des services de l’Etat et à leurs luttes intestines, à une administration défaillante où tout est mis en œuvre pour que l’inefficacité… soit la plus efficace possible,  il a encore la chance d’un bel avenir dans la profession de détrousseur, et bien plus qu’à lui, que je considère d’une certaine manière et sans pour autant l’absoudre, comme le produit d’une société incapable d’éduquer ses enfants et de penser le bonheur des individus qui la composent, j’en veux à ce système qui lui permet d’exister en exerçant tranquillement ses forfaits, alors même qu’on nous rebat les oreilles avec le sujet de la sécurité, système qui ne se donne nullement les moyens de juguler le fléau de la délinquance.

Mais quoi ! Après tout il n’y a pas mort d’homme, il y a juste une tentative de vol avec violence accompagnée de menaces de mort et je ne suis ni un personnage important ni le fils d’un tel personnage…

Alors citoyens dormons tranquilles et en toute circonstance, sourions, nous sommes filmés : on ne nous dit pas où, mais la vidéosurveillance est là pour nous protéger, quand bien même nous ne pouvons trouver une instance habilitée à en visionner le contenu sur notre demande dans le but de reconnaître un agresseur avéré…

De plus réjouissons nous : puisque les policiers de nuit n’ont plus la compétence pour enregistrer la plainte du citoyen, il va bientôt être possible, même dans les villes importantes, de fermer les commissariats la nuit, ce qui fera encore une économie non négligeable pour notre pauvre service public qui croule littéralement sous la dette contractée auprès de l’entreprise privée…

Et puis tout de même, en toute circonstance sachons raison garder : nous ne fûmes là, victime que de petite délinquance…

La grande délinquance, nous sommes bien d’accord, c’est tout autre chose…

Mais c’est aussi un autre débat !

 

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Published by Troubadour Olivier d'Icarie
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